Nos relations : l’économie des besoins
Allons plus loin
Allons plus loin ..

Ces gens me sont reconnaissants !
Ces gens me sont reconnaissants !
Ah, cette phrase !
Ma mère la susurre comme une incantation…
Ou plutôt comme un banquier véreux,
qui aurait lu un traité de morale inversée.
Ce qui revient au même, d’ailleurs —
l’escroquerie en col blanc, c’est une vocation de cœur.
Après la reconnaissance de dette,
voici la dette… de reconnaissance !
Elle a le don, oui…
le don rare de créer de la dette
avec la grâce d’un percepteur amoureux.
Des dettes de services rendus, bien entendu.
De ces petites chaînes invisibles,
qu’on passe autour des cous
avec un sourire de Saint-Bernard.
Mais ce n’est pas un chien de secours, ma mère.
Non.
C’est la gardienne des comptes émotionnels.
Quand elle aide,
ce n’est pas avec le cœur — oh non !
C’est avec une calculette
planquée sous le gilet en laine.
Chaque coup de main ?
Un emprunt toxique.
Taux variable :
flatterie obligatoire.
Les élèves à qui elle a donné cours ?
Ils sont reconnaissants, évidemment.
La gratitude comme rente mensuelle.
Et cette personne qu’elle a dépannée un jour de pluie ?
Éperdue de reconnaissance !
Normal :
ma mère a le parapluie…
mais pas pour vous couvrir.
Non.
Pour vous faire de l’ombre.
C’est une usurière de l’estime,
une collectrice de merci.
Elle adore voir les gens endettés,
comme d’autres chassent les papillons.
Elle règne.
Demi-déesse ménagère,
sur son royaume de débiteurs émus,
mais enchaînés.
Point de grandeur d’âme ici.
Juste un théâtre de la vertu,
où la grande dame est petite…
mais perruquée comme une duchesse.
La vraie bonté ?
La discrète,
celle qui agit en catimini
et fuit les remerciements comme la peste ?
Très peu pour elle.
Trop peu rentable.
Pas assez de retour sur investissement… affectif.